Mouvement sans effort

13 septembre 2009

Citation :

Marcher vers la sagesse du Bouddha en commençant par s’asseoir tranquillement.

Soûtra de la liberté inconcevable
Les enseignements de Vimalakirti
Traduit du chinois par Patrick Carré
Editions Fayard
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Extraits de : “365 méditations quotidiennes du Dalaï-Lama”
Presses de la Renaissance
Édité chez Pocket – Spiritualité

Je pense que chaque être humain a un sens inné du moi. Nous ne pouvons expliquer d’où nous vient ce sentiment, mais il existe. De lui nous vient un désir d’être heureux et de surmonter la souffrance. Cela est tout à fait justifié : nous avons par nature le droit d’être aussi heureux que possible, tout comme nous avons le droit de ne pas souffrir. L’histoire de l’humanité tout entière s’est développée à partir de ce sentiment. Et d’ailleurs, cela n’est pas réservé aux seuls êtres humains : du point de vue bouddhiste, même le plus petit insecte éprouve ce sentiment et, selon ses capacités, cherche à devenir plus heureux et à éviter les situations malheureuses. (page 195)

Pour ce qui est des conflits et des différences, de toutes les différentes espèces d’animaux sur cette planète, les humains sont les plus grands fauteurs de troubles. Cela est clair. J’imagine que s’il n’y avait plus d’humains sur cette planète, elle serait un endroit plus sûr. Il est certain que pour des millions de poissons, de poulets et autres petits animaux, ce serait là une véritable libération. (page 176)

Certains font remarquer que, de toute façon, les animaux d’entre-dévorent. C’est exact, mais on ne peut nier que les animaux qui mangent les autres ont un comportement simple et direct : quand ils ont faim, ils tuent, quand ils n’ont pas faim ils ne tuent pas. On est loin de l’attitude des hommes qui abattent des millions de vaches, moutons, poulets et autres juste pour le profit. Un jour, J’ai rencontré un Juif polonais, un homme bon et intelligent. Comme il était végétarien et que les tibétains ne le sont pas, il me dit : «  Je ne mange pas d’animaux, mais si j’en mangeais, j’aurais le courage de les tuer moi-même. ». Nous, les tibétains, nous faisons tuer les animaux par les autres, et ensuite nous les mangeons !  (Rire)      (page 178)

Celui qui n’éprouve pas la moindre hésitation ni la moindre compassion en tuant un animal ou en le faisant souffrir aura logiquement plus de mal qu’un autre à en éprouver envers ses congénères. Il est toujours dangereux d’ignorer la souffrance d’un être, quel qu’il soit, même s’il nous apparaît nécessaire de le sacrifier pour être utile au plus grand nombre. La nier, ou éviter d’y penser, est une solution commode, mais cette attitude ouvre la porte à tous les excès, comme on le voit pendant les guerres. Elle détruit aussi notre propre bonheur. Je le dis souvent, l’empathie ou la compassion finissent toujours par nous être bénéfiques. (page 177)
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Neruda

2 septembre 2009

… A peine revenue, je repars quelques jours quelque part et vous laisse  en la meilleure  compagnie, celle d’un grand poète : Pablo Neruda (J’ai marqué “lecture” dans “catégorie”, mais lire Neruda…  bien plus que de la lecture !)

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source


Barcarolle ( extrait)

Si seulement tu touchais mon cœur,
si seulement tu posais ta bouche sur mon cœur,
ta fine bouche, tes dents,
si tu posais ta langue comme une  flèche rouge
là où bat mon cœur poussiéreux,
si tu soufflais dans mon cœur, près de la mer, en pleurant,
il résonnerait d’un bruit obscur, avec le roulement d’un train de rêve,
comme des eaux vacillantes,
comme l’automne en feuilles,
comme le sang,
comme un bruit de feuilles humides brûlant le ciel,
résonnant comme rêves, comme branches ou pluies,
comme sirènes de port triste,
si tu soufflais dans mon cœur près de la mer,
comme un fantôme blanc,
au bord de l’écume,
en plein vent,
comme un fantôme déchaîné, au bord de la mer et pleurant.
(…)

Veux-tu être le fantôme qui dans son stérile, dans son triste instrument
souffle solitaire, près de la mer ?
Si seulement tu appelais,
son timbre prolongé, son sifflet maléfique,
son ordonnance de vagues blessées,
quelqu’un viendrait peut-être,
quelqu’un viendrait,
des cimes des îles, du fond de la mer pourpre,
quelqu’un viendrait, quelqu’un viendrait.

Quelqu’un viendrait, souffle avec fureur,
qu’il résonne comme une sirène de bateau brisé,
(…)

Sur la colère

1 septembre 2009

Quand j’étais beaucoup plus jeune, je me suis aperçue que me mettre en colère me laissait, ensuite, physiquement malade pendant trois jours. J’ai donc évité au maximum. Il y a longtemps que je ne me mets plus en colère, même si ça flamboie au fond de moi : ça reste là au fond, tant que je ne vais pas attiser la flamme. Et à la longue, ça s’éteint. Ou alors, dès que je me sens envahie par ce sentiment, je m’arrête : “Tiens, de la colère ! ” davantage intéressée par la chose que par ce qui l’a suscitée.  Mais parfois, il faut en faire quelque chose. Ou la regarder autrement, si l’on en croit les maîtres.
Hier, je suis allée faire un tour sans but sur le site Buddhaline, car cela ne fait jamais de mal de lire un enseignement, quel qu’il soit. Voici un extrait du texte d’ un très grand maître maintenant disparu :

“Les obstacles peuvent s’élever des circonstances de la vie, bonnes ou mauvaises, mais ils ne devraient jamais vous abattre ou vous conférer un sentiment indu de puissance. Soyez comme la terre qui supporte indistinctement toutes les créatures vivantes, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. La terre est simplement là. Vous devriez considérer les difficultés de la vie comme des catalyseurs vous permettant de progresser dans votre pratique spirituelle, de la même manière qu’un feu de jardin n’est pas étouffé par de forts vents mais brille davantage de tout son éclat.
Lorsque quelqu’un vous fait du mal, considérez-le comme un maître qui par sa bonté vous montre le chemin de la libération et mérite votre respect. Priez de pouvoir l’aider de votre mieux, et quoi qu’il arrive ne cherchez pas à vous venger de ce qu’il vous a fait. Il est particulièrement admirable de supporter patiemment le tort et les invectives de gens moins instruits, moins forts ou possédant  moins d’habiletés que vous.
Soyez attentifs à ce qui se passe et vous verrez que la personne blessée, celle qui vous fait du mal et le geste nuisible lui-même sont totalement dépourvus d’existence propre. Qui oserait ainsi se mettre en colère devant autant d’illusions ? En face de ces phénomènes vides, y a-t-il vraiment quelque chose à perdre ou à gagner ? À aimer ou à détester ? Tout est à l’image d’un ciel vide. Sachez le reconnaître !
Une fois maîtrisée votre colère intérieure, vous vous apercevrez de l’absence de tout adversaire extérieur. Plus vous porterez attention à votre sentiment de colère et essaierez de vaincre vos adversaires extérieurs, même si vous deviez réussir, cela ne pourrait que favoriser la résurgence inévitable d’autres adversaires qui prendront la place des précédents.
Même si vous parveniez à mettre sous votre férule la planète entière, cela ne servirait qu’à faire croître votre sentiment de colère ; il ne pourra jamais se dissiper en agissant de la sorte. Le seul véritable ennemi reste la colère elle-même. Pour venir à bout de cette émotion néfaste, il importe de méditer en se concentrant sur la patience et l’amour jusqu’à ce que vous en soyez véritablement imprégnés. Ainsi, vous n’aurez plus d’adversaires extérieurs à vaincre.”
Dilgo Kyentsé Rinpoché (traduction Padmakara)

En contrepoint, un enseignement d’un autre maître lui aussi disparu :

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté
mais réside là , tout près ,
dans la détente et l’abandon.
Ne t’inquiète pas , il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance
parce que n’a aucune réalité.
Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul ,
s’elever et retomber , sans rien changer ,
et tout s’évanouit et recommence à nouveau , sans cesse.
Seule cette recherche du bonheur nous empeche de le voir.
C’est comme un arc-en-ciel
qu’on poursuit , sans jamais le rattraper
Parce qu’il n’existe pas , qu’il a toujours été là
et t’accompagne à chaque instant.
Ne crois pas à la réalité des expériences bonnes ou mauvaises ,
elles sont comme des arc-en-ciel.
A vouloir l’insaisissable , on s’épuise en vain.
Dès lors qu’on relâche cette saisie ,
l’espace est là , ouvert , hospitalier et confortable.
Alors profites-en. Tout est à toi , déjà. Ne cherche plus.
Ne va pas chercher dans la jungle inextricable l’éléphant
qui est tranquillement à la maison.
Rien à faire
Rien à forcer
Rien à vouloir
Et tout se fait tout seul.

Lama Guendune Rinpoché
source

Et pour finir (et c’est là que tout commence – ou finit, je ne sais pas !) : j’ai choisi cette version parce que je trouve la musique très belle, mais il existe d’autres versions du  texte chanté sur le même site – et une traduction ici