Archive for juillet 2010

J’ai craqué !

C’était trop tentant.

La jaquette du livre comporte un trou rond par lequel on voit la photo (je suppose) de l’auteur du livre. Et quand on retire la jaquette, on découvre sur la couverture, identique à la jaquette, cette inscription : collez ici votre photo (flèche vers la tête du monsieur). Donc, en refermant la jaquette c’est votre tête qui apparait au dessus du corps du Bouddha. (J’ai été tentée, mais faut pas pousser : même détournée, ça reste une image du Bouddha)
Le reste est à l’avenant.
J’ai craqué, je vous dis. Un manuel pour devenir Bouddha en 5 semaines, mais que demande le peuple ? et pour 7,50 euros seulement, moyennant quelques petits exercices répartis sur 5 semaines.

Ce livre est au Dharma du Bouddha ce que le poster d’un paradis tahitien est aux fresques de Michel-Ange.

Il s’y trouve néanmoins des citations des sutras, paroles du Bouddha, quelques références à Thich Nhat Hanh et à Chögyam Trungpa, et une ou deux anecdotes amusantes. Mais tout le reste n’est même pas du « dharma light », c’est n’importe quoi gentiment et presque honnêtement exposé. L’auteur, un psychologue italien auteurs de best-sellers y retouche des enseignements qu’il a lus ailleurs et propose même des mantras de sa composition, dans la joie et la bonne humeur…

A l’origine, le deuil d’un fils trop tôt disparu, dit-il. Nous sommes tous des bouddhas, dit-il. Il a raison, mais sûrement pas parce que le Bouddha était un psy – qu’il dit, et le bouddhisme, juste une approche psychologique dont il retouche les données. On pourrait se demander pourquoi tant de grands maîtres ont passé des dizaines d’années en retraite dans des grottes perdues au fin fond des montagnes tibétaines, alors que 5 semaines avec ce manuel de 163 pages auraient suffi !

Mais je souris. Le plombier anglais, en son temps, avait amené dans des centres bouddhistes beaucoup de gens intéressés. J’espère que ce manuel en fera autant.
Et j’ai beaucoup aimé l’anecdote sur Toto, ce merveilleux acteur italien.

(toutes mes excuses pour la mauvaise qualité du scan)

L’humour du fou dans un thriller

Je n’arrête pas de rire en lisant ce thriller. Imaginez un hôpital secret-défense – CIA – qui n’abrite que cinq ex-militaires, anciens tueurs, atteints de troubles post-traumatiques qui les ont rendus fous. On leur tue, quasiment sous les yeux, le psychiatre intérimaire très sympa qui commençait à faire du bon travail avec eux, et ils n’apprécient pas la plaisanterie. Ils ont vite fait de comprendre qu’on veut leur faire porter le chapeau et que cette histoire n’est pas claire. Comme dit le narrateur, un des cinq fous : « Faut avoir le sens pratique pour réussir dans la paranoïa », alors ils s’évadent et se lancent dans le vaste monde, qu’ils n’ont pas vu depuis bien des années, à seule fin de découvrir les vrais coupables tout en protégeant leurs vie. A signaler que, faute de temps, ils n’ont pu emporter les médicaments qui les empêchent d’être complètement déjantés, et ils doivent mettre au point un plan pour se les procurer. Quoi de mieux qu’un établissement scolaire où chaque gamin trimballe dans sa poche quelques pilules ou comprimés à visée psychotrope ? C’est de façon absolument pacifique et en payant qu’ils effectuent une razzia en règle dans les poches des élèves, puis se partagent le butin après un tri approximatif entre stimulants et calmants. Mais ce n’est qu’un épisode parmi d’autres très hauts en couleur, dont le sauvetage périlleux d’une femme et ses deux enfants dont un gros camion a envoyé la voiture dans les décors, sans daigner s’arrêter – et alors qu’ils sont déjà poursuivis par la police. Au moment où ils échappent aux policiers d’un barrage routier, on ne sait plus très bien si on est chez les Pieds Nickelés ou dans Helzapoppin

Petit florilège de citations :

 » Il y a deux manières d’attaquer, nous expliqua Russel. La méthode brutale ou la ruse… la ruse ninja ou la ruse audacieuse genre Skorzeny, drapeaux au vent… J’ai toujours été du genre Skorzeny. J’ai fait irruption dans les toilettes en chantant du Elvis, par dessus la cassette d’Elvis. »

« La connaissance n’est pas le pouvoir, dis-je à Yarrow. La connaissance, c’est la responsabilité. Et le danger. Acquérir la connaissance, c’est de l’action. Toutes les actions ont des conséquences. Si la science du chaos nous a appris quelque chose, c’est que pour chaque action il existe des réactions involontaires et imprévisibles. A la CIA, ils ont gravé dans le marbre un truc comme quoi « la vérité vous rendra libre ». Faux : une fois que vous connaissez la vérité, elle vous colle à la peau. »

« MICE : Money, Ideology, Compromise, Ego. Les Quatre Cavaliers de l’Espionnage. Les quatre catégories de motivations qui créent des espions ou des traitres. »

 » Je dis : Au royaume des aveugles, le borgne est fou. »

« Eric, avant-hier, Victor a dit qu’il était d’accord avec Mark Twain qui affirmait que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle rime. »

Mais qu’est-ce que je fais ?

Au dire du médecin, c’était une pneumonie virale. Dans les soixante premières années de ma vie, ce que j’ai eu de plus grave, c’est la rougeole et un de ces trucs qu’on appelle familièrement crabe. Rien que du déjà vu, pas de quoi fouetter un chat.
Maintenant je me sens toute fiérote avec ma pneumonie virale qui fait tout de même plus sérieux. Encore que je ne l’ai pas su au moment où j’étais en plein dedans, parce que des frissons et de la fièvre, y avait pas de quoi s’affoler quand on a eu des crises de palu. Et je ne m’étais pas du tout affolée, faut dire. Mais ça jouait les prolongations, et c’était assez contrariant à la longue, sans compter les containers de mouchoirs en papier. Et un peu de fatigue.
Donc, je fais chaise-longue et congés payés par moi-même, et me prescris beaucoup de lecture et un peu d’écriture pendant mes congés à l’ombre de ma salle de séjour, vu que j’ai déjà le sable et l’iode tout prêts dans les granules homéopathiques prescrits par mon bon et tout nouveau docteur : ben oui, ça devenait indélicat d’être installée dans cette ville depuis plus de deux ans sans avoir jamais eu la délicatesse d’y tomber malade et nécessiteux.
Que voulez-vous ! dans ma famille, quand on est vieux, c’est pour longtemps.

Tabac avec engrais radioactif

Il m’a abordée alors que je fumais ma clope pendant la pause. Il m’a parlé de la cigarette électronique et je lui ai répondu dentifrice à l’antigel. Alors il m’a appris que, l’an dernier, le gouvernement américain avait découvert que ces gros méchants de fabricants de tabac utilisent des engrais contenant une roche radioactive. Parce, bien sûr, j’avais rétorqué : pourquoi le tabac serait-il plus radioactif que le blé ou l’orge, puisque la radioactivité est naturelle et présente autour de nous ?
Alors il m’a expliqué, il parlait en scientifique, calmement. Puis il a de nouveau essayé de me fourguer sa cigarette électronique mais non. Le flacon sans l’ivresse ça rime à quoi. Il m’a alors parlé des cigarettes sans engrais radioactifs, marque Pueblo. Il était compétent et gentil, m’expliquant tout avec sa boite de taboulé – ou de pâtes – ouverte à la main,  en négligeant de se nourrir pour me sauver la vie. Je l’ai sincèrement remercié avant de le laisser terminer son repas. Après tout, il gagnait peut-être sa croûte en vendant des cigarettes électroniques, mais peut-être pas. Peut-être qu’il avait  juste envie de me sauver la vie.

Polonium 210, entre autres poisons

Mais voilà : si les fabricants de tabac étaient au courant depuis 1964 et, après quelques tentatives pour diminuer le taux de radioactivité, ont abandonné cet effort méritoire sur le conseil de leurs avocats (ai-je lu sur le Net), et s’ils ont pratiqué ensuite l’omerta sur ce dossier, il semble qu’en 2006 puis en 2008 déjà on avait eu des échos en France, dans la presse écrite et à la télé. Et ça n’a bouleversé personne. Maintenant, « Si seulement ca se limitait au clopes… Depuis l’instauration de l’ Arrêté du 5 mai 2009, les industriels peuvent, par dérogation, insérer des déchets radioactifs dans leurs produits, provenant des centrales nucléaires ou des centres médicaux. » ai-je lu tout à l’heure. On aura bientôt notre compteur Geiger portable et personnel, en plus du téléphone et de l’ordinateur – et décoré par un grand couturier ou logotomisé par une star. Et les comics nous ajouteront aussi, vieux gag, une troisième jambe.

Et pourtant, la radioactivité, ça rend joli. A lire ici.

En revanche, j’ai l’intention de retourner souvent sur ce blog découvert par hasard. Enfin quelqu’un qui n’a pas de solution miracle ni de grand gourou littéraire pour arrêter de fumer – euh, à peine. Je ne vais pas arrêter la cigarette, c’est elle qui va me quitter. Lentement, quand même. Comme à l’opéra : il leur faut toujours 20 minutes pour mourir après un coup mortel.  Je ne sais vraiment pas comment ils font.

Le 47ème samouraï


Le 47ème samouraï
Stephen Hunter
Editions du Rocher

 » Hommage aux grands noms du cinéma japonais » (dit le quatrième de couverture) ce livre de type « Best-seller » met en scène des descendants de combattants de la bataille d’Iwo Jima, dont le monde du crime se dispute aujourd’hui un héritage : un sabre légendaire longtemps oublié dans un grenier aux Etats-unis.
Le héros, pour rendre à qui de droit ce sabre, se rend au Japon où il devra plonger dans l’histoire, la légende, et l’apprentissage de cet art et se mesurer à la pègre nourrie de l’esprit samouraï. L’auteur rend hommage, parfois avec humour, à tous ceux qui ont incarné, au cinéma, la figure du samouraï, dont le plus connu du grand public : Toshiro Mifune.
Bien évidemment, cette quête tient en haleine d’un bout à l’autre de ses 386 pages, suivies de remerciements chaleureux et pleins d’humour.
J’ai bien aimé ce livre.

Un extrait (pages 105-106)

Un disciple du plus grand forgeron de sabres japonais, Masamune, est persuadé d’avoir enfin réussi à forger une lame meilleure que celles du maître. C’est un être ambitieux et vaniteux, et il exige une confrontation.
Le vieux maître refuse d’abord mais finit par céder devant son insistance.
La lame du jeune disciple est posée dans l’eau d’un ruisseau. Le courant apporte divers objets qu’elle coupe sans discernement : brindilles, feuilles, poissons. Elle tranche aussi des débris variés, du papier et des bulles d’air. Tout ce qui est apporté par le courant est coupé en deux.
On place la lame du maître dans l’eau.
Elle ne coupe rien.
Les objets flottants se détournent d’elle comme par magie.
Au bout d’un certain temps le jeune disciple exulte.
 » J’ai gagné ! Ma lame est la meilleure ! Ma lame coupe tout, et la sienne rien ! »
Le vieux Masamune retire alors sa lame du cours d’eau avec un sourire.
« Reconnaissez-le, maître, lui dit le disciple. Ma lame est meilleure que la vôtre, elle coupe tout. »
Le vieux Masamune s’éloigne, l’air satisfait.
Le disciple s’adresse alors à un prêtre qui a assisté à la démonstration.
 » Dis-lui, prêtre, que ma lame est meilleure. Fais-le-lui comprendre.
– Non, répond le prêtre. Sa lame connaît la voie. Elle n’a rien vu de bon à couper. Elle n’a rien introduit de mal en ce monde. Elle est là pour aider. Pour faire justice. La tienne coupe n’importe quoi, sans discernement. C’est une lame mauvaise, sans morale. Il faut la détruire. »

La Joconde était multitâches


Et c’est le cas de toutes les femmes, a priori. Mais pas les hommes. Je croyais bêtement que tout le monde était fait pareil, à l’exception de quelques détails mineurs et anatomiques. Mais non. Les hommes, disent les anglais, ne sont pas multitâches. Ils travaillent sur la profondeur. Voire.
Parce que, en même temps, surveiller la cuisson des pâtes, répondre au téléphone, expliquer au gamin que deux et deux ne font pas cinq et se gratter avec l’orteil une piqûre de moustique sur l’autre pied, les hommes ne savent pas faire. Ils travaillent sur la profondeur. (J’entends un cancre, au fond de la classe, qui demande quelle profondeur il pourrait y  avoir à surveiller la cuisson des pâtes, les devoirs du gamin, parler à la copine ou se gratter le cou-de-pied ).

Et c’est à lire ici.

Allons-nous devoir travailler sur la profondeur, en abandonnant aux hommes la cuisson des pâtes, les additions du gamin, les moustiques et le portable ? Sans compter la lessive, les courses, le repassage, la cuisine…et le vernis à ongles, bien obligé.

200ème article +1 : Vertige