Archive for novembre 2010

L’à faire de novembre : attention, fantôme !

Avec un peu d’avance pour cause de blog en pause pendant quelques jours… et à bientôt !

Mère Castor l’industrieuse, ayant toujours en train un fricot d’images ou une confiture de dragons, de chevaliers ou de lointains ailleurs, nous emmène ce mois-ci dans les nuits hantées des vieux châteaux ou des landes lugubres : un fantôme, suggère-t-elle.
Ayant beaucoup trimé sur un précédent « à faire »… am-stram-gram ! j’ai choisi la voie facile et paresseuse…
Voici mon fantôme « à la paresseuse ».


LE CONTE DU TOUT PETIT, PETIT, PETIT FANTÔME

 

.

Il était une fois un tout petit, petit, petit Fantôme, qui aimait une très jolie, jolie, jolie Demoiselle fantôme. Hélas ! Il avait beau hanter, dès la mi-nuit sonnée, les mêmes châteaux obscurs dans les mêmes recoins d’une pierre glaciale, pousser avec vigueur de déchirants soupirs et même oser , sans excès toutefois, la fugitive exhalaison d’ossements vieillis en caveau, jamais cette donzelle, charmante et étourdie, ne lui accordait le moindre gémissement amical.
Découragé, en proie à l’autodépréciation et l’autodénigrement, et même à l’autoaccusation, il coulait doucement vers la déprime et la tentation d’un impossible suicide, dépourvu qu’il était, c’est triste à dire, de cette capacité salvatrice,  commune aux poètes et aux volcans, de s’élever au dessus de soi.
Une mi-nuit, s’étant persuadé que sa laideur était le principal obstacle à l’accomplissement de son rêve, il décida d’aller demander qu’on le fasse beau. Au moins, une tout petit, petit, petit peu.
–  Quelle idée stupide, s’écria la Sorcière. Me demander, à moi, de la beauté !
–  Madame, balbutia-t-il, n’y-a-t-il vraiment rien qui vous fasse chaud au cœur, quand vous le rencontrez…?
–  Maintenant que tu en parles, fit la Sorcière songeuse, j’ai toujours une drôle de sensation quand je vois, sur le sable, ces petites empreintes que laissent après eux les crabes de mer…
Le petit Fantôme accepta très poliment ce cadeau de la Sorcière, proprement enveloppé dans un mouchoir de fumée.
La Fée, interloquée, lui jeta quand même un vieux bout d’aurore boréale.
Le Jardinier trouva dans sa brouette une longue tige de lierre grimpant, couleur pivoine.
Le Bijoutier, au fond d’un tiroir, découvrit une chaîne de montre en vieil or bruni.
Le Vent, un instant déboussolé, lui accorda l’usage perpétuel d’un certain petit courant d’air malicieux qui ne se souciait ni du Nord ni du Sud et n’en faisait qu’à sa tête.
Le tout petit, petit, petit Fantôme, remercia avec force révérences pour tous ces menus cadeaux et s’en fut, plus découragé que jamais. Comment se faire beau, même un tant soit peu, au moyen d’empreintes de crabes de mer, d’un morceau chiffonné d’aurore boréale, de quelques décimètres de plante grimpante, d’une chaîne en vieil or bruni et d’un petit courant d’air sans la moindre éducation?
Il résolut d’aller consulter un Vieux Sage.
Justement, on se répétait nuitamment dans les châteaux de la région qu’un vieil homme assez fou et très pauvre venait de s’installer dans les ruines de l’ancien cimetière, et qu’essayer de le hanter était une pure perte de temps. Le tout petit, petit, petit Fantôme n’avait guère d’autre choix : un fou, un sage,  que lui importait ? Après tout, quelqu’un qui ne se laisse pas hanter mérite d’être connu par tout fantôme soucieux de s’instruire, petit ou non-petit.
Il raconta longuement son histoire au Vieux Sage.
– Que voulez-vous que je fasse de tous ces rogatons, gémissait-il, et comment me feraient-il plus beau ?
Il se tenait par prudence à quelque distance de la pierre, coincée entre deux caveaux en ruine, où siégeait le Vieil homme, de toute évidence indifférent à ses plaintes.
Soudain le Sage glapit, à demi dressé et gesticulant :
– Cesse de me casser les oreilles ! Tiens, voilà  ce qu’il fallait faire !
Et il disparut derrière les ruines.
Interloqué, le petit Fantôme s’aperçut que sa robe, zébrée de faux plis ordinairement d’un blanc douteux et terne, irradiait des lueurs douces et mouvantes telle une aurore boréale. Au bas, près de l’ourlet, une broderie pourpre décrivait des méandres comme un fleuve vivant bordé de forêts rouge et or. Éparses comme les étoiles sur le ciel de nuit, les empreintes de crabe de mer étincelaient ici et là tout autour de lui. Enfin, sur sa poitrine, pendait comme un collier une chaine de rayons d’or pur dont les maillons, s’entrechoquant sous l’effet du petit courant d’air capricieux, faisaient une musique douce comme l’amour.
Le tout petit, petit, petit fantôme se sentait grandir à vue d’œil.  Jamais il n’y avait eu, aux Royaumes de Nuit, un être plus beau que lui !
D’un bond, il courut, courut vers l’élue de son cœur… et soudain trébucha.
– Encore toi ? Qu’est-ce qui ne va pas ??? glapit le Vieux Sage.
Le tout petit, petit, petit, petit fantôme se sentit très, très, très minuscule sous le regard furieux du vieil homme.
– Je vous demande bien pardon, balbutia-t-il, mais il faut que vous m’enleviez toutes ces jolies choses… S’il vous plaît !
– Et pourquoi le ferais-je ? N’est-ce pas la plus belle robe qu’on ait jamais vue aux Royaumes de Nuit ? Ne voulais-tu pas éblouir une certaine jeune dame de ta connaissance ?
– C’est que…  si je vais la voir avec une robe plus belle que la sienne, elle en aura de la peine…
Le Vieux Sage ne dit mot et rendit à la robe son blanc terne et ses faux plis. Par terre, abandonnés au petit courant d’air capricieux, roulèrent empreintes de crabe, chaîne d’or, lierre pourpre et chiffon d’aurore boréale.
Le petit fantôme soupira d’aise.
– Merci beaucoup, beaucoup, vraiment ! dit-il. Mais comment faites-vous ça ?
Le Vieux Sage, sous ses sourcils charbonneux, fixa sur lui un regard attentif.
– J’ai une meilleure question à te proposer, dit-il : Pourquoi l’ai-je fait ? Si tu réponds à ma question, je répondrai à la tienne.
– Pourquoi… C’est que je n’en ai aucune idée ! s’exclama le petit Fantôme.
– Prends ton temps, fit le Vieux Sage. Tiens, je vais te raconter une histoire, et tout en écoutant tu pourras réfléchir à ma question.
Le tout petit, petit, petit fantôme accepta et le Vieux commença :
– Il était une fois un tout petit, petit, petit Fantôme, qui aimait une très jolie, jolie, jolie Demoiselle fantôme…

.

Le Petit Albert, ou « la magie naturelle »

On trouvera aussi dans ce recueil, que j’ai trouvé d’occasion à un prix aussi mini que le format de l’ouvrage (9×15), des recettes pour éviter que les poils ne tombent, pour aller dîner sans crainte de boire trop de vin, pour empêcher que le fer ne se rouille, pour convertir en été l’eau en glace, pour garantir les chevaux contre les mouches (les frotter tous les matins avec des feuilles de noyer). On saura aussi le caractère des gens selon les caractères de leurs yeux, nez, lèvres, tête, cou, mains, ventre, dos, jambes. En outre, il est indiqué dans l’AVERTISSEMENT que « lesquelles choses seront au moins profitables et méritoires de votre attentivité et non moins précieuses que les autres auront été amusantes, à seule fin de meubler votre intellectibilité autant que votre souvenance, pour votre advantage et aussi pour le profit d’autrui. » Dont acte.

Éditions Bussière 1986.

.

Des contes et des frissons


Ayant déjà terminé mon à faire de la Mère Castor (à livrer ici vers le 25 de ce mois), j’ai eu la curiosité d’aller lire des histoires de fantôme, et c’est au rayon jeunesse que j’ai trouvé ce livre pas vraiment fait pour les très jeunes, je dirais  plutôt : ados et adultes.

En effet, si Roald Dahl a lu 749 histoires de fantômes pour en sélectionner une dizaine (quatre de plus dans l’édition anglaise), il a certes fait un choix respectable à condition d’aimer leur style suranné et l’évocation des drames vécus par ces fantômes avant de devenir fantômes : il ne s’agit pas d’histoires comme ceci

mais bien plutôt comme cela

Extrait de la nouvelle : Le Balayeur, de A.M. Burrage

« La jeune fille savait les combats que doivent mener les pauvres gens. Son éducation dans un presbytère de campagne l’avait mise au contact des ouvriers des fermes et des chantiers, elle connaissait la tragique pauvreté de leurs foyers, leur volonté d’indépendance et leurs luttes courageuses pour assurer leur existence. Sur les terres mêmes de Miss Lugate, vivait plus d’une famille dont la seule nourriture se composait de pain et de pommes de terre, et encore en quantité limitée. « 
Dans cette nouvelle, malgré le ton suranné dont voilà un exemple, l’histoire tragique du fantôme est très réussie.
Il y a aussi une très jolie histoire de fillettes-fantômes, et une  de marins, effroyable (mais c’est justement le but). Également une histoire à double détente, si je puis dire, dans laquelle l’auteur mystifie complètement le lecteur : La boutique du coin., de Cynthia Asquith. C’est fait très habilement et la surprise est imparable ! Une autre surprise dans la nouvelle suivante : Rencontre à Noël de Rosemary Timperley, qui enrichit le thème du fantôme sans le dénaturer et laisse une question ouverte… J’ai bien aimé ces deux dernières.
Mais la plus belle que j’aie jamais lue figure dans le recueil  Les chroniques martiennes de Ray Bradbury. Il faut que j’en retrouve le titre…

.

« The Missouri Breaks »

 

Hier soir, j’ai écouté un monologue halluciné puis regardé un vieux grand western d’Arthur Penn. Chef-d’oeuvre, western hors-norme où les gentils sont méchants et les méchants sont gentils, affectueux, minables voleurs de chevaux mais garçons timides quand ils vont au bordel, comiques aussi : « Mais pourquoi ils sont allés mettre le Canada si loin au nord ? » lorsqu’ils décident d’aller voler, rien que ça, les 60 chevaux de la police montée canadienne.
Evidemment, ils réussissent, ils se les font reprendre, et pourtant ils s’en sortent pour être ensuite traîtreusement descendus par le méchant gentil qui leur tire dans le dos ou abuse de leur naïveté.
Quant au chef de ces gentils méchants, très peiné par la mort de ses compagnons, il renonce d’abord à tuer le méchant gentil tellement ce type est minable et finit par l’égorger proprement. Ce film ne montre pas un plan de trop, il est plein de tact et de beauté, et la lumière crépusculaire de ses paysages si clairs au grand jour est étonnamment belle et curieuse.
Quant à la fille sage et riche – pas de putain au grand coeur dans ce western – elle propose d’emblée au gentil méchant de s’ébattre avec lui là, tout de suite, parmi les pissenlits et les hautes herbes, mais ce type refuse de se laisser mener par son pantalon. Un gentil, je vous l’ai dit. Et comme c’est Jack Nicholson qui joue le rôle, je vous laisse imaginer quelle sorte de gentil méchant il est.
Bref, tous les clichés du western traditionnel sont retournés un à un comme un gant. A noter, un vieux serviteur qui propose de se laisser tuer à la place de son patron, un méchant gentil très riche qui a engagé le méchant justicier solitaire habillé de blanc et au coeur de vermine joué par Marlon Brando.
Évidemment, la fille sage et le gentil méchant finissent dans un lit et très amoureux, mais ce film, je l’ai dit, n’a pas un plan de trop. Arthur Penn ne filme que ce qui est important.

Du sexe et des jeux, de la précarité et du chômage,


des cris qui tombent dans l’oreille des sourds, du harcèlement et des suicides. D’un côté.

De l’autre côté, ceci :
Actionnaires : 196 milliards d’euros de dividendes en 2007, contre 40 milliards en 1993

A lire ici, un article qui explique comment faire mieux que 196 milliards sans jamais citer le mot « actionnaires ».


.

« Camera et Obscura »

Une très jolie histoire accompagne cette photo. A ceux qui cherchent obstinément la Connaissance, elle donne le sourire. On peut la lire ici.


.

.

.

Que peut-on faire

pour ceux qui ne savent plus s’aider, ni même se laisser aider ? Ceux qui ne disent plus rien, fantômes de leur propre vie et uniques habitants d’un désert ? Ceux qui disent bonjour-bonsoir et passent dans la rue d’un pas tranquille comme s’ils étaient toujours vivants ?


.