Rendez-vous d’hiver (extrait)

J’ai attendu cet hiver comme aucun hiver
n’a été attendu par un homme avant moi,
ils avaient tous rendez-vous avec le bonheur :
moi seul t’attendais, heure obscure.
Celui-ci est-il comme ceux d’antan,
avec un père et une mère, avec un feu
de charbon et le hennissement d’un cheval dans la rue ?
Ou cet hiver est-il comme celui de l’an prochain,
celui de l’inexistence et du froid total
et la nature ignore-t-elle que nous nous sommes en allés ?
Non. J’ai réclamé la solitude entourée
d’un vaste ceinturon de pure pluie
et ici sur mon propre océan elle m’a trouvé ; le vent
volait comme un oiseau entre deux zones d’eau.
Tout était prêt pour que le ciel verse des larmes.
Le ciel fécond d’une seule et douce paupière
a laissé tomber ses pleurs comme des épées glaciales
et, telle une chambre d’hôtel, le monde
s’est fermé : ciel, pluie et espace.

Pablo Neruda

Mémorial de l’Ile noire
Poésie/Gallimard

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