Hier soir, j’ai écouté un monologue halluciné puis regardé un vieux grand western d’Arthur Penn. Chef-d’oeuvre, western hors-norme où les gentils sont méchants et les méchants sont gentils, affectueux, minables voleurs de chevaux mais garçons timides quand ils vont au bordel, comiques aussi : « Mais pourquoi ils sont allés mettre le Canada si loin au nord ? » lorsqu’ils décident d’aller voler, rien que ça, les 60 chevaux de la police montée canadienne.
Evidemment, ils réussissent, ils se les font reprendre, et pourtant ils s’en sortent pour être ensuite traîtreusement descendus par le méchant gentil qui leur tire dans le dos ou abuse de leur naïveté.
Quant au chef de ces gentils méchants, très peiné par la mort de ses compagnons, il renonce d’abord à tuer le méchant gentil tellement ce type est minable et finit par l’égorger proprement. Ce film ne montre pas un plan de trop, il est plein de tact et de beauté, et la lumière crépusculaire de ses paysages si clairs au grand jour est étonnamment belle et curieuse.
Quant à la fille sage et riche – pas de putain au grand coeur dans ce western – elle propose d’emblée au gentil méchant de s’ébattre avec lui là, tout de suite, parmi les pissenlits et les hautes herbes, mais ce type refuse de se laisser mener par son pantalon. Un gentil, je vous l’ai dit. Et comme c’est Jack Nicholson qui joue le rôle, je vous laisse imaginer quelle sorte de gentil méchant il est.
Bref, tous les clichés du western traditionnel sont retournés un à un comme un gant. A noter, un vieux serviteur qui propose de se laisser tuer à la place de son patron, un méchant gentil très riche qui a engagé le méchant justicier solitaire habillé de blanc et au coeur de vermine joué par Marlon Brando.
Évidemment, la fille sage et le gentil méchant finissent dans un lit et très amoureux, mais ce film, je l’ai dit, n’a pas un plan de trop. Arthur Penn ne filme que ce qui est important.

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