Ou « petites considérations sur la divergence entre penser et faire ».
J’avais quelques petites idées pour le dernier « à faire » de la Mère Castor.
Et je n’ai pas écrit ces textes.
Je vous les raconte. (pas fait, non plus, le dessin ci-dessous, mais vous le savez)



Petite chronique des familles de papier, de l’an 2010 à l’an 3664.

1. 2010. Un pickpocket solitaire vole un porte-feuille. Il adopte l’identité et les photos de famille de la victime. Au café, il se met à discuter en buvant son verre au comptoir, dit son nom, parle de sa famille, invente des anecdotes, et il devient un habitué du lieu, se fait des copains. Sa vie est nouvelle, pleine de chaleur. Le soir, avant de se coucher, il aligne les photos de « sa » famille, leur souhaite bonne nuit et tend la joue pour un bisou. Qu’il reçoit.

2. 2050. Temps de guerre. Deux petites orphelines, amies, sont munies par la « Résistance » de faux papiers d’identité  qui les font sœurs, de façon à être envoyées légalement à l’étranger où elles vivront en toute sécurité, devenues à jamais de vraies sœurs.

3. 2200. Trois frères sont en poste « à l’étranger » sur trois planètes différentes. Ces planètes sont si loin les unes des autres qu’ils ne se reverront jamais, mais ils correspondent activement. Leurs lettres sont écrites sur du « Vrai Papier de Bois d’Arbre », label devenu l’emblème de la planète Terre où toutes les forêts ont reverdi et envahi la presque totalité de sa surface, tandis que les Terriens ont migré dans l’univers. Les trois frères conservent précieusement ces lettres : ils n’ont plus que cette famille « de Vrai Papier ».

4. 2570. Les animaux de (notre) futur sont intelligents. Ils se regroupent autour d’anciennes bibliothèques par familles, une par bibliothèque. Chaque famille prend le nom de sa bibliothèque : familles Papier-Homère, Papier-Diderot, Papier-Dickens, Papier-Vargas, Papier-Cheney, Papier-Xortlub-Magellan…

5. 3644. La terre est déserte, plus rien ne vit. Le gros soleil va éclater, il brûle, il irradie. Dans une grotte enfouie à jamais (c’est à dire pour le peu de temps qu’il reste avant qu’une partie de la Voie Lactée ne vole en éclats), un soubresaut souterrain fait vibrer une paroi d’où tombe, en silence, un papier préservé par la sécheresse de l’air, mais que le temps a décoloré. Gros plan (comme on dit au cinéma) : c’est une photo de famille. Au dos, une main d’enfant a écrit : Cédric, moi, Marine, et le bébé Lou.

 

 

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