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La maison était pleine de monde, assis, debout, discutant dans les embrasures de porte ou somnolant dans un fauteuil. Le fiston officiait aux fourneaux avec sa grande louche et l’œil clin d’œil, la bru était assise, sur ses genoux la toute petiote et contre elle la moins petiote, la merveilleuse Lou qui ne veut que ce qu’elle veut, ma plus merveilleuse petite-fille du monde, mais elles sont toutes, chacune d’entre elles, la plus merveilleuse petite-fille du monde.
– Je crois que j’ai fait une bêtise, dit Lou à son père.
– Ah ? Surtout, ne le dis pas à ta mère ! répond mon fiston.
Le grand fils, une ombre sur ses joues, avait écrit à ses parents, pour ce Noël, une lettre à rendre jaloux tous les parents de la terre. La plus grande de mes petites-filles promenait sa robe noire et sa nouvelle frange, une vraie frange de femme fatale de cinéma, plus belle encore que Garbo quand elle oubliait de sourire.
Mon bébé à moi, ma plus jeune fille, soulignait d’un tee-shirt le petit ventre rond où elle nous prépare, pour le mois de mars, un garçon – dans une famille de filles ! Mon ainée ne viendrait pas demain à cause de la neige, elle me manquait. Et la maman de ma Garbo distribuait son délectable gâteau au nutell chocolat !
Il y avait par terre plein de papiers d’emballages déchirés à la hâte, et bien sûr c’est avec cela que jouait Lou, ayant épuisé les joies de la découverte. Je jouais à découvrir l’utilisation d’un portable magique qui m’amenait juste ici, sur mon blog, avant de le rendre à son propriétaire – mais Lou l’emportait déjà ! Sasha faisait des sourires, dans son landeau, à tout visage penché sur elle. Maeva empilait ses livres et semait les pinceaux de sa trousse de maquillage. On continuait, ou on recommençait, à bavarder dans le couloir, à faire sortir la chienne, à caliner le chien, à chercher un verre égaré, on entrait dans les conversations sans y être invité – mais bienvenu. Deux informaticiens de cette famille jouaient sans honte avec l’ordi-jouet offert à la petiote. Là, on parlait de l’auteur d’un livre dont on parlait dans les journaux et qu’un Père Noël avait offert à plusieurs d’entre nous. On allait se dégourdir les jambes dans la nuit, ou faire de la fumée près du jardin. On s’est promis d’échanger des mails, on s’est embrassés.
C’était Noël, après tout.

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