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« Quand elle toucha terre, quelque peu étourdie par le choc, la baleine se retrouva échouée sur le sable, face à l’océan qu’elle considéra d’un œil mélancolique. La marée montante bouillonnait autour d’elle et projetait en chuintant de grands panaches d’écume puis, lentement, battait quelque peu en retraite. Des dentelles de mousse s’accrochaient au sable humide et lisse.
La baleine se débattit un instant, maladroitement, mais sans s’affoler. Balançant son énorme queue, elle enfonça la tête dans le sable pour se creuser une voie de retraite. Mais plus elle se démenait et plus elle s’enlisait. Puis la mer se retira et le vent tomba.
Le ressac se calma un peu. A l’est, la traînée grise s’éclaircit et se mua en une sorte de ruban où le blanc laiteux se mêlait au bleu et au rose. Des mouettes tournoyaient en criaillant, l’œil aux aguets.
Épuisée maintenant, et toujours étourdie par la brutalité de cet échouage, la baleine s’ébroua, puis sa grande carcasse se détendit. Elle avait l’impression d’être en sécurité. La plage était déserte et le jour se levait paisiblement. Bientôt les vagues se brisèrent à une certaine distance du cétacé dont la masse s’enfonçait d’une bonne cinquantaine de centimètres dans le sable. (…)
Une mouette se posa à un mètre ou deux du monstre, fit claquer un bec orangé et se mit à la lorgner du coin de l’œil.
La baleine poussa encore un profond soupir, ferma les yeux et s’endormit. »
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La baleine scandaleuse

John Trinian
Gallimard 1965
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Et voir ici ce qui pourrait résumer la suite de l’histoire

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