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Je vous le dis avec rage, je ne suis pas près de m’instruire…
Hier, j’ai voulu regarder une vidéo de Pelléas et Melisande, de Debussy, et cette histoire profondément mystérieuse et impalpable se passait dans un salon petit bourgeois. Pour un peu, on aurait trouvé de la poussière sur les meubles. Au bout d’une demi-heure, je m’endormais. J’ai tout plié et allumé l’ordinateur.
Ce soir, une vidéo de L’Orfeo, de Monteverdi.
D’abord, on voit les musiciens dans la fosse et l’arrivée du maestro qui se met à agiter sa baguette avec une intense énergie en se penchant vers ses musiciens comme pour surveiller leurs devoirs. Le rideau se lève enfin.
Belle image, vaste et bleue. Un type en bleu déambule sur la scène, crâne rasé et jupe ample qu’il tient comme on tient une traîne. La voix est belle, la musique aussi. Seul inconvénient : les supposés sous-titres en français sont en italien. Finalement, je dois conclure que le français ne concerne que les bonus du disque. (Rage)
Là-dessus, une douzaine d’hommes et femmes entrent en scène, formant un cercle, puis s’avancent vers le centre du cercle et se dirigent vers l’avant-scène : on voit alors que ce cercle est une flaque d’eau où ils marchent pieds nus. Ensuite ils se couchent sur le sol. Bon, je me dis : ou bien ils viennent de traverser le Styx, et ils sont morts, ou ils ont pris un bain de pieds avant d’aller au lit.
Le type en bleu continue à marcher en tenant sa jupe à bout de bras et commence à chanter, et là ça m’énerve parce qu’il raconte beaucoup de choses, mais en italien. L’image est toujours magnifique et la musique je l’aime, mais faut pas pousser mémé dans les orties. On m’a appris à l’école que la première chose à faire est de comprendre avant d’apprendre, et je ne risque pas d’apprendre grand chose sur l’opéra si je ne sais pas ce que disent les gens dans l’opéra et pourquoi la musique fait ce qu’elle fait juste à ce moment-là.
Je change de vidéo.
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Le nouveau DVD s’appelle Die Zauberflöte, de Mozart. Quand le rideau s’ouvre, c’est comme au nouvel an chinois : il y a un type en bleu qui défie de son épée un drôle de dragon creux que des gens soutiennent par en dessous. Ce dragon, on dirait qu’il a été colorié par des enfants. Bref, il recule. Là-dessus, arrivent trois dames en vert avec des chapeaux tyroliens et elles ont l’air très contentes, mais je ne sais pas pourquoi, parce que les sous-titres, au lieu d’être en français, sont même pas en italien : en allemand. Elles sortent. Là-dessus arrive un type avec un costume orange fait de pièces, un peu comme l’habit du Bouddha, mais il a des dreadlocks et autour de son cou pend une sorte de flûte des Andes. La musique est très jolie, un peu moqueuse, mais je ne comprends pas les sous-titres. Et puis je sais maintenant que ça ne sert à rien de lire des livres qui ne donnent que le résumé : les gens, on a envie ce qu’ils disent à chaque instant. Sinon, à quoi sert la musique ? D’ailleurs, ça me rappelle une anecdote : dans une ville réputée pour son amour du bel canto, un chanteur lyrique faisait ses débuts. Huées de la salle. Alors, un spectateur courageux se lève et apostrophe les perturbateurs :  » Mais laissez-le donc s’exprimer, le mime !  »
C’est bien la preuve que les paroles comptent, non ?
Je reprends. Le type en jaune avec deadlocks est entouré d’autres types déguisés en coqs – ou autres volatiles – qui ne font rien que tourner vaguement sur la scène, et il est arrivé, j’ai oublié de vous dire, dans une voiture en carton dessinée par des enfants et qui contient des cages qui contiennent des oiseaux en carton. Il joue un peu de sa flûte et puis il se met à parler avec le type en bleu du début, celui qui défiait le dragon chinois, et maintenant il n’y a plus de musique. Rien que cette conversation au milieu de blogs de carton pâte qui représentent des rochers – il me semble. Et comme les sous-titres sont toujours en allemand, je finis par me dire que cette flûte enchantée est comme qui dirait un imposteur – sinon je saurais ce qu’ils racontent, ces deux-là. Bon, tant pis pour la Reine de la Nuit, annoncée sur le fascicule, je me tire.
A l’avenir, je boycotte les vidéos d’opéra.
Parce que si, pour étudier l’opéra, je dois d’abord apprendre l’italien, l’espagnol, l’anglais, le russe, l’allemand, le tchèque, le polonais et le finnois, m’as comprès !

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