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Je lisais un article sur le livret du coffret Le Chevalier à la Rose, de Strauss, quand j’ai été frappée par cette convergence de vue entre auteurs littéraires. Ainsi, le
librettiste de cet opéra, qui coopéra longtemps avec Strauss, a écrit ici :
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La Maréchale explique…
que l’on ne doit rien tenir
que l’on ne peut rien emporter
tout se fond entre les doigts
tout se perd, une fois saisi,
tout se dissipe comme brume et rêve.

Et dans d’autres oeuvres :
Ma tête est toujours vide. D’aujourd’hui à demain

je ne peux rien me rappeler. Parfois, je gis là
et suis comme jadis j’étais
sans comprendre que ne suis plus celle d’autrefois.
Où donc s’en est tout allé, où donc ?
Ce n’est pas une eau qui coule,
ce n’est pas un fil qui se déroule
d’une bobine, c’est moi, c’est moi !

Il est une chose que nul ne peut tout à fait

concevoir
et qui est beaucoup trop affreuse pour la déplorer :
tout glisse et s’en va.
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Et mon propre moi, par rien retenu,

d’un petit enfant se faufila en moi,
comme un chien venu d’ailleurs, étrangement muet.
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Calderon l’avait déjà dit, comme d’autres, comme Shakespeare qui l’a fait aussi
à sa façon. Ne pourrait-on être interpellé par cette intuition brûlante, sans laquelle
aucune création n’est possible ? Il ne s’agit pas ici de dogme philosophique.
Les créateurs ont
plongé leurs mains dans leur propre sang
(c’est à peine une image)
pour dire ce qu’ils ont dit,
puis ont vécu ce rêve comme
s’il était autre chose.
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