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Une histoire bleue

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Il était une fois une Dame bleue
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qui rencontra un Monsieur


bleu.
Elle était voyageuse, il était mystérieux : on les maria
tradéridéra
sans fanfare ni harmonica.
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Elle cuisait des confitures, il écoutait son gramophone.
Bientôt naquit une pitchoune qui serait une étoile :
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Et les années passaient,
aussi bleues que la mer et leur petite chatte.

Un jour s’enfuit la Dame
faire son  tour du monde
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et l’homme de pleurer comme jamais on ne pleura
pas même dans Tosca
ou dans Rigoletto.
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Mais à la brune un soir, avec la chatte,
la Dame bleue entra, ôtant ses gants
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de soie.
Et le Monsieur tint à la chatte
un discours
que l’histoire ne retient pas, puis il ajouta sur la table un couvert
et sur le lit, son plus bel
édredon bleu.
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Quand le temps fut venu on le mit au tombeau
juste une heure avant elle
afin, avait-il dit,
de lui chauffer la place sous la pierre.

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Une histoire rose

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Il était une fois une petite souris rose
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qui rencontra un petit crapaud rose.
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Ils s’aimèrent très fort et très longtemps :
pas le temps des cerises, celui des roses.
Ils eurent une jolie petite fille
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qui serait, plus tard, une étoile,
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mais la gamine avait d’autres projets.
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Bref,
d’amour lassé, le crapaud quitta un jour
sa souris.
Elle erra quelque temps de bar en bar
puis disparut. On l’oublia.
Parfois, au crépuscule,
quand même la mer devient rose,
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le petit crapaud se souvient
d’autrefois.
Et dans le vent salé
il chantonne, un peu comme ça.
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Histoire du petit caillou

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Il était une fois un petit caillou


qui voulait être grand comme sa grand-mère.

– C’est possible, lui dit-elle. Il faudra éviter de te disperser,

et tu pourras devenir un élégant couturier,

ou crooner désinvolte,

ou peintre coloriste,

ou même  rugbyman,

mais la concurrence est rude, mon petit.


Pas grave, dit le petit caillou.

Moi, je veux juste devenir

un rocher !

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Quel jour est-on ?

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Un jour, la Petite Fille Aux Cheveux de Neige rencontra le Monsieur au Visage Gris. Elle leva ses yeux sur lui, tant et tant que ses cheveux coulèrent de ses épaules comme avalanches de printemps.
– Tu ne souris jamais ? demanda-t-elle enfin.
– Pourquoi faudrait-il que je sourie ?
– Parce que le ciel est si clair que ce petit nuage, là, s’est assis tout en rond comme mon chat au soleil. Parce qu’il y a dans ces arbres des oiseaux si bavards qu’on ne s’entend plus marcher. Parce que les feux rouges sont verts, parce que cette vieille dame a un très joli chapeau, parce que ce garçon chantonne en marchant. Et tu ne souris pas !
– Quel jour est-on ? demanda le Monsieur au visage Gris.
– Jeudi.
– Voilà. Je souris seulement le vendredi. Reviens demain…
La Petite Fille Aux Cheveux de Neige revint le lendemain. Le Monsieur au Visage Gris était assis sur un banc juste à côté des feux rouges, sous les arbres. Il pleuvait à verse et l’eau coulait sur les joues et les mains, glacée comme ruisseaux de montagne. Sous son capuchon vert, la Petite Fille Aux Cheveux de Neige avait le nez mouillé et les lèvres violettes.
– Pourquoi souris-tu ? demanda-t-elle en grelottant.
– Parce que les gouttes de pluie sont si drôles quand elles éclatent sur le trottoir. Parce que le ciel est si bas que je pourrais le toucher en levant le bras. Parce que les essuie-glace s’agitent comme des fous sur les pare-brise, parce que cette dame court si vite à si petits pas, parce que tous les bancs sont vides et le jardin désert et que je me suis assis sous la pluie pour t’attendre.
– Tu dis ça uniquement parce que c’est vendredi, rétorqua la Petite Fille en fouillant de ses doigts glacés le petit sac – du même vert  que son capuchon – qu’elle avait apporté. Il y avait là du chocolat chaud et deux timbales, et peut-être bien d’autres trésors à découvrir un autre jour de la semaine…
Et qui n’a jamais bu un chocolat chaud sous la pluie, dans un jardin désert au milieu de la ville, ne saura jamais pourquoi, un certain vendredi, un Monsieur Au Visage Gris et une Petite Fille Aux Cheveux de Neige riaient aux éclats en serrant dans leurs mains un gobelet fumant.
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Sans titre

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Ce que dit la fleur
Je le dirai

Ce que dit le nuage
Je le dirai

Ce que dit l’étoile
Je le dirai

Mais ce que dit mon cœur
Je le tairai

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réédition : Conte de Noël aux allumettes

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Ceci n’est pas un joli conte de Noël mais pour moi un essai de parler autrement des choses  et des gens et en même temps un exercice d’écriture. Le « conte du tout petit, petit, petit fantôme » n’était pas  tout à fait autre chose. Il me semble que l’écriture est comme un vêtement que l’on adapte au projet sans tenir compte des modes ni des règles, en oubliant les maîtres auprès desquels on a appris et en n’écoutant que l’urgence – car il faut bien reconnaître que, quoi qu’on ait à dire, la façon de l’écrire relève du moment et d’aucune autre règle, même pas forcément ni toujours de celles qu’on avait choisies.

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Le conte de la fillette aux allumettes
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1. Lui

Il était une fois
Qu’est-ce que tu crois
Avec tes allumettes
On t’a pas dit fillette
Joue pas avec le feu
C’est dangereux
Reste pas
Plantée là
Sous le sapin plastique
Balafré d’électrique
La rue c’est dangereux
Déjà il pleut
Ces néons des soleils
Tu crois au père Noël
Avec tes allumettes
On t’a pas dit fillette
Que le trottoir
Fait dépotoir
Aux ivrogneux
Aux gueux
Et que les rats te guettent
Guettent tes allumetttes
Il était une fois
Qu’est-ce que tu crois
Reste pas
plantée là
Comme si tout le monde
Allait faire une ronde
Chanter Alleluiah
L’œil béat
Autour d’une fillettte
Qui gratte une allumette
Comme un petit soleil
Tu crois au Père Noël
Le monde est malheureux
Regarde il pleut
Reste pas
Dans ce froid
Regarde ils s’en vont tous
Et là tu tousses
Encore une allumette
C’est quoi ta chansonnette
Il était une fois
Qu’est-ce que tu crois
Il est bien tard
Le boulevard
Se vide
Livide
Sous les guirlandes de papier
Mouillé
Et les trottoirs
Sont noirs
Reste pas
Plantée là
La rue c’est dangereux
Et t’as même plus de feu
Comme un petit soleil
Pour croire au Père Noël
Me regarde pas comme ça
Il était une fois
On t’a pas dit fillette
Garde tes allumettes
Sous le sapin plastique
Balafré d’électrique
Faut pas rester le soir
Y a des rats de trottoirs
Qu’ont drôlement faim
D’un p’tit trottin
Allez j’te dis bonsoir
C’est mon bout de trottoir
Et mon bout de carton
Sous ce bout de néon
Tâche de courir vite
Et surtout je t’invite
A pas croire
Aux histoires
Qu’on raconte aux gamins
Rupins
Il était une fois
C’est quoi
Quand t’as même pas un toit
Par-dessus toi
V’la les rats
Sauve-toi
Sont pas des virtuels
Ces Pères Noël
Reste pas
Plantée là
Sous le sapin plastique
Balafré d’électrique
Tu joues avec un feu
Dangereux
Mais avant ça fillette
T’as pas une allumette ?

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2. Elle

Qu’esse tu racontes
C’est quoi ton conte
T’es bien bavard
Sur ton trottoir
Moi j’aime le soir
Le noir
Mourir un peu
A petit feu
C’est quoi ton conte
Qu’esse tu racontes
Les rats derrière
C’est que des frères
On se tient chaud
Sans écot
Nos allumettes
Dans la tête
On boit on tête
On s’fait une fête
D’mourir un peu
A petit feu
Sang électrique
Goulot plastique
Not’Père Noël
C’est du réel
Sans frime
Sans millésime
C’est quoi ton conte
Qu’esse tu racontes
Sous ton néon
Bidon
T’es pas mon ange gardien
T’es rien
Tais-toi
T’es moi
T’es la misère
Notre mère
Et mes rats
C’est des rois
Qui crèchent dans la rue
Perdus
Sous l’étoile plastique
Du décor électrique
Ils aiment le soir
Le noir
Mourir un peu
A petit feu
Pétard
C’est quoi ton bazar
Tricard
Du désespoir
Viens on s’arrache
Marche
J’te tiens la main
J’te tiens
C’est quoi ton conte
Qu’esse tu racontes
Aie pas peur
Mon p’tit cœur
T’auras ton allumette
Après la fête
Quand mes rats auront bu
Repus
La mort prochaine
Dans leurs veines
Tu m’chant’ras ta chanson
Sous tes draps de carton
Décor
Sans ors
Public
Unique
Et je s’rai sans néon
Ni contrefaçon
Très mignon !

Novembre

Parfois la feuille de novembre une fois détachée
s’arrête de tomber
Parfois le pied levé oublie de se poser
Parfois la vague oublie de s’allonger
et reste là tout juste née immobile
Parfois il n’y a
rien à oublier rien

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