Posts tagged ‘Poème’

Heureux qui comme Ulysse


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Mais contrairement à Joachim, je préfère l’air marin. Tant pis pour la douceur angevine…
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Rire, et plus si affinité !

Merveilleux Neruda. J’aurais voulu citer les mots d’un autre, d’une autre, mais il ne me lâche pas. Il fait mouche à chaque ligne, à chaque mot. Il m’écrit, moi, non pas à moi, LOL, mais il m’écrit comme un peintre me peindrait. C’est la magie des grands, celle de dire à chacun qui il est à cette seconde. Le temple de la photo, très kitsch à nos yeux d’occidentaux, est là pour tenir mon pari de kitscherie et aussi pour affirmer, dans le respect, que derrière de simples mots et de d’invraisemblables couleurs peuvent se cacher de grandes âmes – je parle de Neruda, poète abyssal, et de ce que chantent ces couleurs dans ce temple, célébrant une grandeur dont je ne sais rien.

Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma hutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me cherchant
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux, maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

Pablo NERUDA

extrait de :

Vingt poèmes d’amour
et une chanson désespérée
suivi de Les vers du capitaine

Poésie/Gallimard

Poésie turque


Les pavés


Seul dans la rue pressant le pas,
J’avance. J’avance, et là
Où se mêlent le clair et le sombre,
Là semble me guetter une ombre.

Le ciel s’obscurcit de nuages,
La foudre menace les toits :
Seuls nous veillons dans les ténèbres,
Les routes qui s’allongent, et moi.

Et ma frayeur qui croît et croît !
Qui donc m’attend à ce tournant ?
Trous béants, aveugles prunelles,
Vitres noires qui m’épiez !

Oh, ces pavés qui me consolent,
Compagnons de ma souffrance !
Mes pas sonnent dans le silence,
Pour moi langage familier.

Je ne sais guère où je mourrai :
Je suis l’enfant de ces pavés,
Et plût au ciel que ce chemin
N’eût pas d’aurore, n’eût pas de fin !

La rue et moi allons ensemble,
Et fleuves jumeaux, les réverbères :
Chiens familiers, dressez l’oreille,
Élevez-vous, arcs de pierre !

Nous, nous fuyons toute clarté :
Aux autres le jour, à nous la nuit !
De nuit je veux m’envelopper :
Fraîches ténèbres, venez, venez !

Je veux m’étendre de tout mon long,
Et rafraîchir mon front brûlant,
Et dans la magie du sommeil,
Je veux mourir sur ces pavés.

Necip Fazil Kisakürek, journaliste et poète turc.
Anthologie des poètes turcs contemporains

Nimet
Gallimard 1953

Parmi les choses qui apaisent

Monastère Thikse ladakh 2

…  sans qu’on sache vraiment pourquoi (comme la photo ci-dessus), il en est qui viennent parfois sous les yeux au détour d’une page ou d’un lien. Je ne saurais trop conseiller la lecture de ce poème dont l’histoire est curieuse et que j’ai rencontré par hasard sur un blog où je n’allais plus guère, et c’était aussi par hasard.

L’écran du jour

source photo

papier 3

J’ai déchiré le papier

J’ai déchiré le papier de mon cahier
de n’importe quel cahier
j’ai déchiré une feuille de papier
après l’avoir remplie de signes
je l’ai serrée violemment dans mon poing
j’ai jeté un bref coup d’œil vers la corbeille
mais qui émet ce chant du cygne
c’est comme le cri d’un peuplier
dont le feuillage pleurerait
après des générations de presses
c’est comme si quelqu’un me chuchotait
de n’être plus aussi pressé
alors j’ai commencé à dérouler
la pauvre feuille chiffonnée
jusqu’au milieu…
ma bien-aimée y sanglotait,
la tête entre les genoux, pleurait, et
pleurait, pleurait…

Auteur: Snowdon King

Un jour comme les autres

salar2source

Fatiguée de pleurer
Fatiguée de sourire
Fatiguée de chercher
Fatiguée de vivre
Penser
Guerres
Mensonges
Petits bonheurs délicieux
Pause
Ciel
Espace
Paix
Sueur
Facture
Lessive
Fatiguée de moi
Fatiguée de toi
Fatiguée de pleurer
Fatiguée de sourire
Fatiguée de chercher
Fatiguée de vivre
Fatiguée de mourir

Redif : Sic itur

Un texte de l’an dernier… et toujours d’actualité… (source photo : La nuit)

La nuit2

Sic itur


Sur les étoiles
Je ne sais rien
Le mot
Comme l’étoile en papier d’argent
De guingois
Sur le haut du sapin
Pique l’esprit
Où s’avance laiteuse
Cette coulée
La voie lactée
Allons je triche

Froides comme l’absence
Elles s’agrafent sur le ciel plat
Soleils pourtant
Elles trichent
Elles ne sont pas où je les vois
Et de certaines
Nous n’avons que la lumière
Si longtemps voyageuse
Tandis qu’elles ne sont plus
Sur les étoiles
Je ne sais rien
Qu’elles s’agrafent sur le ciel plat
Impavides
Comme des jouets
Ne pas toucher

Ne pas aller au ciel
Ne pas traverser l’espace
Ne pas regarder en arrière vers
Notre vieille Terre
Ne pas avoir sous les pieds
Plus rien
Ne pas flotter sur le ciel plat
Sans haut ni bas
Là où elles sont
Froides comme l’absence
Tout en haut du sapin
Pointues
Lumière d’argent
Là où elles sont je n’irai pas
Je le sais bien
Je le sais bien

Je le sais bien

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